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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 11:47

Analyse dans une perspective post keynésienne 

Un thème théorique pour l’action

Par Malausséna Edgar et Séloua Ghazouane

 

 

 

Le document ci-après a été travaillé par R. Loiret  voici quelques 8 ans, alors que les auteurs auxquels il est fait référence planchaient sur le sujet dès les années 1960.

Celui-ci s’est appuyé sur les grands auteurs en matière d’économie Keynésienne et sur des chercheurs en matière d’écologie radicale, souvent.

 

Il a été porté à connaissance, lorsque dans un premier temps nous avions créé le Collectif de l’Ecodéveloppement en PACA.

Celui-ci a évolué maintenant vers !

« UTOPIA 06, Altermondialisme et Ecologie ».

Selon Richard, ce document date un peu, ce qui veut dire qu’il faut sans doute le revisiter et sur la forme (trop technique et pas assez grand public) et sur le fond (évolutions politico-économique et des mentalités).

 

En effet, depuis le début du cycle de crises de l’économie libérale d’autres paramètres sont apparus permettant de penser qu’un lent retour vers l’écodéveloppement est en train de se produire, comme par exemple les Agendas 21 qui malgré tous les défauts d’un processus du haut vers le bas, mobilisent progressivement de plus en plus de territoires.

 

L’écodéveloppement rentre en contradiction avec le développement soutenable/durable.

 

 

L’écodéveloppement, de manière souterraine pour l’instant, entre en contradiction avec le développement soutenable-durable qui est devenu une manière de mettre la nature (bichonnée) au service de l’économie libérale.

Ex : On privatise la poste alors que celle-ci a créé le « livret de développement durable ».

Ex : On met en place des procédés de recentralisation qui vont permettre aux multinationales de s’implanter encore plus fortement dans les A-M (OIN-Communauté Urbaine-Métropole) et en même temps on crée de concept d’Eco-vallée que le PS d’ailleurs transforme en  « vraie Eco-vallée », dans le genre « plus Eco-vallée que moi tu meurs ».

 

Partis politiques. Des consensus internes qui brisent les radicalités.

 

 

Nous allons vous présenter quelques extraits du document, en fonction des intérêts et points centraux actuels, sachant que pour nous, les partis politiques ne sont pas en capacité de produire de manière continue des théories suffisamment proches du réel, capable de sortir du capitalisme-productiviste, dans la mesure où les enjeux à court terme, les intérêts des pouvoirs dans ces partis…brisent les initiatives radicales afin de parvenir à des consensus internes, pour définir des « lignes politiques » acceptables par tous.

 

Nécessité de produire des théories qui permettent de « globaliser les actions » de terrains.

 

 

Cela ne veut pas dire que nous nions la nécessité absolue des partis politiques.

Mais cela veut dire que dans la mesure où il y a « atomisation idéologique » et ce dans tous les partis et dans la société (mais cela est une autre affaire) ce n’est pas en leur sein que vont naître les concepts théoriques qui vont permettre de globaliser des actions de terrain.

 

 

Le recul des alternatives politiques est du au mimétisme du développent urbain centré sur la reproduction rapide du capital.

 

 

Quand les systèmes de consensus ne fonctionnent plus à l’intérieur des partis « de gauche », on constate alors la naissance de « chapelles », de « courants », de « sous-groupes » qui rendent « inaudible la moindre ligne politique ou même stratégique.

Nous assistons alors à un repli des intellectuels qui entraîne aussi le recul  intellectuel et donc politique comme en sont victimes dans un premier temps les partis communistes, puis maintenant les partis sociaux-démocrates ou les partis socialistes.

Il est symptomatique de voir que le PS des A-M aurait intégré des porteurs d’idées utopiennes :

  • à condition qu’elles s’inscrivent dans l’acceptation des champs préalablement définis :
    • OIN-Communauté Urbaine,
    • Enclavement et nécessité du TGV Nord-Sud
    • Développement Durable et construction et bétonnage des zones intermédiaires.
  • à condition qu’il n’y ait aucun élu PS représentatif de ce courant de pensée qui allie Socialisme-Altermondialisme et Ecologie.

Cela veut dire que les partis politiques qui acceptent le modèle de développement actuel, basé sur la reproduction intensive du capital dans le cadre de la société urbaine, ne peuvent que produire du développement durable qui accompagne le système et non pas de l’écodéveloppement alternatif au dit modèle.

 

Décentraliser les lieux de réflexion de manière transversale.

 

 

De notre point de vue, il est nécessaire de décentraliser les lieux de réflexion et de recherche qui ne soient pas inféodées aux universités de la République.

Il est nécessaire que tous les socialistes-communistes-alternatifs-écologistes-altermon dialistes qui fondent leur projet sur la création d’une société nouvelle qui dans un premier temps régule la répartition capital/travail et mette la nature (temps long) à l’abri de la spéculation et de la rentabilité financière (temps court), puissent trouver un lieu commun décentralisé de réflexion.

L’Association UTOPIA, système original censé ensemencer et donc rassembler les mouvements alternatifs pourrait se pencher sur le thème de l’écodéveloppement qui les distinguerait des théories classiques.

 

Edgar et Séloua.

 

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Résumé

Tandis que le développement soutenable et/ou durable (est aujourd’hui un mot d’ordre unanimement accepté, nous souhaitons montrer que le courant post keynésien, même s’il n’a que relativement peu intégré les questions liées à l’environnement et plus largement au développement soutenable, dispose d’instruments qui le rendent légitime en la matière.

En effet, le développement soutenable et/ou durable, vu au prisme du paradigme post keynésien, peut être rapproché de l’écodéveloppement tel qu’il a été théorisé par Ignacy Sachs, lui-même inspiré par Kalecki.

Ainsi, l’école post keynésienne et l’écodéveloppement partagent une même vision du rôle de la croissance économique et ils se rejoignent, via le concept d’incertitude radicale, sur l’importance du principe de précaution. Si les implications du principe de la demande effective semblent les opposer, ces divergences peuvent être aisément dépassées.

  

1. Introduction

Le développement soutenable (durable) est aujourd’hui un mot d’ordre unanimement accepté. Il est à la base de nombreuses politiques économiques, tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et sert de feuille de route aux institutions internationales comme le montre, par exemple, l’adoption des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en 2000.

 

Cette unanimité de façade impose d’en préciser le contenu, faute de quoi le risque est grand de le voir rejoindre la longue liste des concepts vidés de leur substance.

 

Il est pourtant indispensable de prendre la mesure du plus grand défi du 21ème siècle, qui consiste à promouvoir des modes de développement qui soient socialement équitables, écologiquement soutenables et économiquement viables. Mais envisager l’avenir avec un plus grand optimisme suppose de rompre avec l’optique néo-libérale qui régit les relations internationales depuis une trentaine d’années.

Pour ce faire, nous souhaitons montrer que le courant post keynésien, même s’il n’a que relativement peu intégré les questions liées à l’environnement et plus largement au développement soutenable, dispose d’instruments qui le rendent légitime en la matière.

En effet, les post keynésiens se sont construits en opposition avec la théorie néoclassique et rejettent toute approche basée sur le consensus de Washington (Berr et Combarnous, 2005, 2007 ; Berr, Combarnous et Rougier, 2008 ; Bresser-Pereira et Varela, 2004 ; Davidson, 2004).

S’ils s’inspirent des travaux de John Maynard Keynes, les post keynésiens modernes sont également les héritiers de Michal Kalecki, Nicholas Kaldor, Joan Robinson, Roy Harrod ou Piero Sraffa.

Des convergences existent avec d’autres écoles hétérodoxes, notamment avec les économistes institutionnalistes qui ont puisé aux sources de Thorstein Veblen ou de John Kenneth Galbraith.

 

Deux caractéristiques essentielles sont associées à l’économie post keynésienne.

 

  • Premièrement, elle adopte le principe de la demande effective conduisant la production à s’ajuster au niveau de la demande et reléguant ainsi les contraintes d’offre au second plan, tant à court terme qu’à long terme.
  • Deuxièmement, elle appréhende le temps dans sa dimension historique, c’est-à-dire en intégrant la notion d’irréversibilité, tout en naviguant dans un univers incertain, c’est-à-dire non probabilisable. De ces caractéristiques découlent un certain nombre de principes que les post keynésiens partagent avec d’autres écoles de pensée hétérodoxes.

 

Tout d’abord, ils accordent une grande importance au réalisme des hypothèses qui, bien que simplificatrices, doivent décrire un monde réel.

 

Ils rejettent l’instrumentalisme néo-classique revendiqué notamment par Milton Friedman selon lequel la validité d’une hypothèse se mesure à son pouvoir de prédiction, ce qui fait dire à Paul Davidson, le chef de file des post keynésiens américains, qu’il vaut mieux être approximatif dans le vrai que très précis dans le faux (Lavoie, 2004, p.21).

 

Ils adoptent une approche holiste où le comportement des individus est influencé par leur environnement social, culturel, et s’opposent à l’individualisme méthodologique fondant l’homo economicus.

Ils rejettent le principe de rationalité absolue pour lui substituer celui de rationalité limitée ou procédurale qui conduit, dans un univers incertain où l’information est insuffisante, à chercher à atteindre non pas une situation optimale mais une situation satisfaisante. Ils étudient une économie de production et non une économie d’échange, ce qui les conduit à privilégier le concept de reproduction à celui de rareté. Enfin, ils considèrent que les marchés ne doivent pas être livrés à eux-mêmes et qu’ils doivent au contraire être régulés afin de limiter l’instabilité du système économique.

 

A partir de ce corpus théorique, nous souhaitons montrer que le soutenable (qui deviendra durable pour les français), vu au prisme du paradigme post keynésien, peut être rapproché de l’écodéveloppement tel qu’il a été théorisé par Ignacy Sachs (1980, 1997).

Outre que cela peut se justifier par le simple fait que Sachs, qui fut en son temps un proche collaborateur de Kalecki à l’école de planification et de statistiques de Varsovie, reconnaît sa filiation kaleckienne, nous pensons que l’école post keynésienne et l’écodéveloppement partagent une même vision du rôle de la croissance économique et qu’ils se rejoignent, via le concept d’incertitude radicale, sur l’importance du principe de précaution.

Si les implications du principe de la demande effective semblent les opposer, nous verrons que ces divergences peuvent être aisément dépassées.

Mais avant de tenter de concilier l’écodéveloppement et l’école post keynésienne, il convient de revenir sur la genèse du concept de développement soutenable et sur les caractéristiques principales de l’écodéveloppement.

 

2. Une brève histoire contemporaine du développement /ou soutenable (durable en France)

Le concept de développement soutenable a été popularisé dans les années 1980, notamment par l’intermédiaire du rapport de la Commission mondiale pour l’environnement et le développement (CMED) (1987) — le fameux rapport Brundtland — qui en donne la définition suivante, communément admise aujourd’hui : « le développement soutenable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (CMED, 1987, p.51).

Cependant, dès la fin des années 1960, on assiste à un intérêt croissant envers les questions environnementales. Ainsi, les travaux du Club de Rome, qui aboutiront à la publication en 1972 du rapport Meadows (Meadows et al., 1972) mettent en évidence les conséquences écologiques du modèle occidental de développement et montrent pour la première fois qu’il existe des limites naturelles à la croissance économique.

 

Ce rapport, qui analyse cinq variables

  • la technologie,
  • la population,
  • l’alimentation,
  • les ressources naturelles
  • l’environnement

conclut que pour empêcher le système mondial de s’effondrer à l’horizon 2000, il faut stopper l’accroissement de la population et la croissance économique.

Cette même année, la première conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, qui se déroule à Stockholm, inscrit définitivement l’environnement à l’ordre du jour de la communauté internationale.

 

Elle incite les pays en développement à explorer d’autres modes de croissance et va donner naissance à la notion d’écodéveloppement (Sachs, 1980, 1997) qui met en avant des principes tels que l’équité, la minimisation des atteintes aux systèmes naturels, le respect des cultures ou encore la planification socio-économique.

 

La déclaration de Cocoyoc (1974) fait franchir une étape supplémentaire dans la prise de conscience de la difficulté de satisfaire durablement les besoins humains dans un environnement soumis à de nombreuses pressions et, en approfondissant le concept d’écodéveloppement, appelle à des solutions plus radicales.

Cette déclaration, qui est le résultat des réflexions menées lors d’un colloque d'experts organisé à Cocoyoc (Mexique) par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et la Commission des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), avance notamment que :

a)      le problème, à ce jour, n'est pas principalement celui de la pénurie physique absolue, mais celui d'une mauvaise répartition et d'une mauvaise utilisation sur le plan économique et social ;

b)      la tâche des hommes d'État est de guider les nations vers un nouveau système plus à même de respecter les limites intérieures des besoins humains de base, pour tous, et de le faire sans violer les limites extérieures des ressources et de l'environnement de la planète… ;  les êtres humains ont des besoins fondamentaux : alimentation, logement, vêtements, santé, éducation. Tout processus de croissance qui n'amène pas leur satisfaction — ou, pire encore, qui la contrarie — est un travestissement de l'idée de développement ;

c)      nous avons tous besoin d'une redéfinition de nos objectifs, de nouvelles stratégies de développement, de nouveaux modes de vie, et notamment, parmi les riches, de modes plus modestes de consommation (PNUE, 2002, p.7 ; PNUE-CNUCED, 1974).

 

Cette déclaration, qui est la plus radicale que les Nations unies aient jamais concoctée sur ce sujet, suscitera de nombreuses réactions.

Demander de lutter contre le sous développement en arrêtant le surdéveloppement des riches, inciter les pays en développement à s’appuyer sur leurs propres forces, à prendre confiance en eux et apprendre à ne plus être

dépendant des pays riches — ce que traduit la notion de self reliance — provoque un grand enthousiasme qui sera prolongé par le rapport de la Fondation Dag Hammarskjöld (1975) et la création de la Fondation internationale pour un autre développement (Fipad)2.

 

Mais cette déclaration va également susciter l’ire de l’administration des Etats-Unis qui, par l’intermédiaire de son secrétaire d’Etat Henry Kissinger, tancera vertement le secrétariat général des Nations unies et, dans ce qui s’apparente à un rappel à l’ordre, conseille au PNUE de se consacrer uniquement à la dépollution (Sachs, 2007, p.264).

 

Ainsi, on assiste progressivement à la marginalisation de l’écodéveloppement au profit du développement soutenable (durable).

 

Mais, derrière la définition fournie par le rapport Brundtland, deux visions du développement soutenable s’opposent.

  • La première est d’inspiration néoclassique et fonde la soutenabilité faible. Au niveau microéconomique, elle vise à valoriser monétairement les éléments naturels afin de les intégrer dans un calcul coûts-bénéfices. Au niveau macroéconomique, il s’agit, dans la lignée du modèle de Solow, de fournir des fondements théoriques à l’argument d’ordre empirique concernant une relation vertueuse entre croissance économique et qualité environnementale qui est à la base de la courbe environnementale de Kuznets.

Il s’agit également de formuler une « règle de soutenabilité » assurant le maintien de la valeur par tête du stock total de capital de la société en postulant une parfaite substituabilité entre les différentes formes de capital (physique, humain, naturel).

Le sommet de la terre de Rio en 1992, avec l’adoption de l’agenda 21, et le sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg en 2002 vont confirmer cette approche. De la même façon, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) promus par les Nations unies en 2000 traduisent la vision (faible) du développement soutenable défendue par les institutions internationales qui continue de privilégier une approche économique inspirée du sinistre consensus de Washington, fruit de la contre-réforme néo-libérale des années 1980-1990.

  • La seconde approche, fondant une « soutenabilité » forte, est moins centrée sur les seuls aspects économiques et propose une approche plus radicale. Ainsi, la « soutenabilité » écologique postule le maintien d’un stock de capital naturel dit critique et rejette donc le principe de substituabilité des facteurs de production au profit de leur complémentarité.

Elle s’oppose à la valorisation monétaire des éléments naturels et œuvre à la construction d’une nouvelle économie du bien-être fondée sur des valeurs « éthiques » ainsi qu’à la recherche d’une nouvelle mesure de la richesse.

 

La « soutenabilité sociale » recouvre la mise en œuvre d’un processus de développement combinant :

  • un niveau acceptable d’homogénéité sociale,
  • une répartition équitable des revenus,
  • le plein emploi
  • accès équitable aux services sociaux.  

La « soutenabilité économique » dépend d’une répartition et d’une gestion des ressources plus efficaces mais aussi d’un flux constant d’investissements, tant privés que publics, destinés à moderniser l’appareil de production afin d’économiser les ressources naturelles et la peine des êtres humains.

Elle suppose aussi une certaine autonomie en matière de recherches scientifiques et technologiques et passe par une intégration au marché international qui se fasse dans le respect des souverainetés nationales (Sachs, 1997).

 

Il apparaît évident que si les post keynésiens doivent investir le domaine du développement soutenable, cela ne peut être que dans le cadre de la « soutenabilité » forte.

Cette approche est en effet la seule qui rompt explicitement avec la théorie néo-classique.

Elle renoue d’ailleurs avec l’écodéveloppement que nous allons maintenant présenter plus en détail.

 

 

3. Retour sur l’écodéveloppement

 

Le terme d’écodéveloppement a été formulé pour la première fois en 1972 par Maurice Strong, qui était le secrétaire général de la conférence de Stockholm sur le développement et l’environnement. Il servira de référence au PNUE au cours des années 1970 avant d’être marginalisé et supplanté dans les années 1980 par le concept de développement soutenable, entendu dans son acception faible par les institutions internationales.

 

Ce rejet s’explique par le fait que l’écodéveloppement, comme on a pu le constater avec la déclaration de Cocoyoc en 1974, propose un projet radical qui entend rompre avec l’optique libérale qui revient en grâce dans les années 1970 et qui, malheureusement, « triomphera » dans les années 1980-1990.

Mais c’est la crainte qu’il puisse donner lieu à une modification des rapports de force au sein de ce que Braudel appelle « l’économie monde », et en particulier à une émancipation des pays du Tiers monde, qui va entraîner la « défaite » (provisoire nous l’espérons) de l’écodéveloppement. Mais en quoi ce projet est-il apparu « subversif » aux yeux des « puissants » ?

Quelles en sont les bases ?

Pour avoir une idée précise de ce qu’est l’écodéveloppement, il convient de se pencher sur les écrits de son principal théoricien, Ignacy Sachs, qui fut le secrétaire de Maurice Strong lors des conférences de Stockholm et Rio. Une mention spéciale doit aussi être attribuée à Marc Nerfin qui fut à l’origine de la Fipad dont les nombreux travaux ont permis d’enrichir ce concept.

Le point de départ de Sachs est la dénonciation du « mal développement des pays dits développés et les conséquences qu’il provoque sur le reste du monde par domination, par effets d’entraînement et par imitation du modèle » (Sachs, 1980, p.15).

Cette crise doit nous amener à questionner la nature de la croissance et à quelles conditions, sociales et écologiques, elle est acceptable. Pour lui, l’écodéveloppement n’est en aucun cas une théorie mais bien une philosophie — ou une éthique — du développement qui doit s’appliquer tant aux pays développés qu’en développement et qui correspond à un projet normatif. Le mal développement qu’il observe est le résultat d’un double gaspillage causé par une mauvaise répartition des richesses.

 

D’un coté « les riches surconsomment et drainent de cette façon la grande majorité des ressources disponibles ; ils le font par surcroit en utilisant très mal de vastes espaces de terres potentiellement agricoles. Les pauvres sous-consomment et, acculés par la misère, ils sur utilisent les rares ressources auxquelles ils ont accès.

La lutte contre le gaspillage apparaît ainsi indissolublement liée à celle contre la misère et contre la mauvaise gestion de l’environnement » (Sachs, 1980, p22).

Mais ce gaspillage qui doit être combattu peut être appréhendé de deux manières. Si l’on considère uniquement l’optique du producteur, le gaspillage se produit dans deux cas : quand un mauvais choix des techniques de production entraîne une utilisation plus importante que nécessaire des facteurs de production ;  quand le produit ne se vend pas, suite à une mauvaise appréciation des débouchés. Mais, souligne Sachs, comme la finalité de la production est le profit, on ne tient pas compte de l’usage que font les acheteurs du bien en question.

 

Or le gaspillage doit être défini à la lumière d’une échelle de valeurs qui découle d’objectifs sociaux déterminés. Munis de ce cadre, il devient possible de juger de l’allocation des ressources.

Dès lors, « on dira qu’il y a gaspillage chaque fois que des ressources rares sont utilisées à la production de produits jugés superflus.

Et, symétriquement, on parlera de gaspillage lorsque des ressources abondantes ou potentiellement abondantes ne sont pas valorisées en vue de la production de biens et services jugés essentiels » (Sachs, 1980, p.20).

Nous voyons déjà comment Sachs entend donner une orientation « kaleckienne » au principe de la demande effective puisque Kalecki, contrairement à Keynes, juge indispensable que l’Etat intervienne dans le choix des investissements afin que ceux-ci soient orientés vers la satisfaction des besoins essentiels et la réduction des gaspillages. Cette vision des choses implique également de revenir sur une logique qui, comme l’a magnifiquement montré Kapp (1963) voit les entreprises, dans toute la mesure du possible, internaliser les profits et externaliser les coûts sociaux, ce qui conduit à un pillage en règle des ressources naturelles.

 

Dès lors, l’écodéveloppement doit s’appuyer sur trois piliers (Sachs, 1980, p.32) :

(i)                  la notion de self-reliance favorisant l’autonomie des décisions et l’émergence de modes de développement alternatifs qui tiennent compte du contexte historique, culturel et écologique propre à chaque pays ;

(ii)                 la prise en charge équitable des besoins essentiels de chacun, qu’ils soient matériels ou immatériels, et en particulier celui de se réaliser à travers une vie qui ait un sens ; la prudence écologique, c’est-à-dire la recherche d’un développement en harmonie avec la nature.

 

La recherche d’un développement endogène, suggérée par la self reliance, suppose l’abandon d’une stratégie de développement mimétique, fondée sur une vision rostowienne et dont l’ambition irresponsable et indésirable est de généraliser à l’ensemble de la planète le modèle occidental de développement.

Nous avons pourtant pu constater que cette ambition ne servait que ses promoteurs, les élites du Nord et leurs homologues occidentalisées du Sud, tandis qu’elle fragilisait les populations des pays en développement mais aussi, bien que dans une moindre mesure, des pays développés, et accentuaient la pression sur la nature.

De même, la satisfaction des besoins de chacun passe par une meilleure répartition des richesses, donc par une modification du rapport de forces en présence qui fait, de plus en plus, la part belle au marché et aux firmes transnationales.

 

Ce rééquilibrage des pouvoirs suppose que l’Etat, par le biais d’une planification indicative, fixe les grands objectifs et soit le garant de la réalisation de ces objectifs. Il suppose également un renforcement du poids de la société civile afin d’éviter que l’Etat ne cesse d’agir au nom de l’intérêt général8.

(iii) Enfin, respecter la nature ne signifie pourtant pas, selon Sachs, rompre avec la croissance. L’écodéveloppement ainsi défini est « équidistant de l’économisme abusif qui n’hésite pas à détruire la nature au nom de profits économiques immédiats et de l’écologisme non moins outrancier qui érige la conservation de la nature en principe absolu au point de sacrifier les intérêts de l’humanité et de rejeter le bien-fondé de l’anthropocentrisme » (Sachs, 1980, p.32). La théorie de la croissance de Kalecki va fournir une base solide à cette approche.


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Published by Edgar MALAUSSENA - dans écodoveloppement
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